ZOOM SUR LE LAURÉAT DU JURY DE LA CATÉGORIE ENVIRONNEMENT : NORAUTO
Norauto développe un biofiltre innovant pour le traitement des eaux industrielles issues des ateliers automobiles. Face aux limites des solutions physico‑chimiques classiques, souvent coûteuses et complexes, le projet repose sur des processus biologiques naturels, notamment l’utilisation de champignons pour dégrader les pollutions organiques complexes. Cette approche low‑tech vise une exploitation simple, des performances stables et une viabilité économique compatible avec les réalités du terrain. L’objectif est de proposer une solution déployable à grande échelle, adaptée aux réseaux multi‑sites comme aux ateliers indépendants, afin de transformer durablement la gestion des effluents du secteur.
# BIOFILTRE : UNE SOLUTION DE TRAITEMENT DES EAUX INSPIRÉE DE LA NATURE
Quels sont les objectifs principaux de votre projet et à quel(s) besoin(s) répond(ent)-il(s) ?
Ce projet de traitement des eaux industrielles, porté au sein de Norauto, répond avant tout à une problématique sectorielle : celle de l’entretien et de la réparation automobile. Ce secteur, composé de milliers d’ateliers, génère quotidiennement des effluents complexes issus du nettoyage des sols, caractérisés par une forte variabilité, des concentrations élevées en hydrocarbures, une DCO importante et la présence de substances réglementées.
Dans un contexte français et européen marqué par la persistance de la pollution des eaux et par le renforcement progressif des exigences de la Directive Cadre sur l’Eau, les acteurs du secteur doivent concilier conformité réglementaire et maîtrise des coûts, dans un environnement économique contraint. Les solutions physico-chimiques classiques, souvent coûteuses, énergivores et difficiles à intégrer, montrent leurs limites à l’échelle des réseaux multi-sites ou des ateliers indépendants.
Le projet vise à apporter une réponse adaptée aux réalités opérationnelles du secteur, grâce à un biofiltre innovant capable de traiter en continu les effluents des ateliers. Il repose sur des processus biologiques naturels, utilisant des champignons pour dégrader des pollutions organiques complexes, notamment les hydrocarbures. Cette approche low technology, fondée sur la nature et l’économie circulaire, vise à garantir des performances stables, une exploitation simple et une viabilité économique.
L’enjeu est industriel autant que technologique : démontrer, en conditions réelles, que la solution peut être intégrée facilement dans tout atelier automobile et déployée à grande échelle, afin de transformer durablement la gestion des eaux industrielles du secteur.
Quels résultats positifs votre projet a-t-il déjà générés ou vise-t-il à atteindre ?
Le biofiltre a déjà démontré des résultats significatifs et vise des impacts mesurables à plusieurs niveaux. Les travaux de R&D menés en laboratoire dans le cadre d’un doctorat industriel ont permis de valider un principe de traitement biologique appliqué à des effluents réels d’ateliers automobiles, grâce à l’utilisation de champignons capables de dégrader des pollutions organiques complexes, notamment les hydrocarbures et la DCO.
Un prototype installé au centre Norauto de Faches-Thumesnil depuis novembre 2024 a confirmé la capacité du dispositif à fonctionner en continu et à absorber des variations de charge et de composition des effluents, condition essentielle pour un déploiement multi-sites. Les essais ont montré une réduction significative de la charge polluante et une amélioration de la qualité des rejets.
Le biofiltre se distingue par sa simplicité d’exploitation (peu d’intrants, maintenance limitée). Le projet vise désormais à consolider les performances, sécuriser durablement la conformité réglementaire et structurer une solution industrialisable, déployable à grande échelle pour réduire l’impact environnemental du secteur de l’entretien automobile.
En quoi votre démarche se distingue-t-elle de ce qui existe habituellement dans votre métier ?
Les séparateurs à hydrocarbures sont couramment utilisés pour traiter les effluents des ateliers automobiles. Bien qu’ils améliorent la qualité des rejets, ils fonctionnent sur le principe du transfert, ce qui nécessite une évacuation et un traitement spécifique de la matrice concentrée.
Le projet s’appuie sur la mycoremédiation, une méthode biologique qui utilise des champignons pour dégrader directement les polluants organiques en molécules plus simples, intégrées ensuite à leur métabolisme. Cela permet de traiter la pollution à la source plutôt que de la déplacer.
Le filtre est conçu selon un principe d’économie circulaire, car les matériaux utilisés sont considérés comme des déchets. Ils deviennent ainsi des matrices biologiques actives. Cette démarche permet de réduire l’empreinte écologique du système, tout en conférant une utilité à des ressources jusque-là sous-estimées.
Votre projet s’inscrit-il dans une démarche de long terme ?
Oui, le projet s’inscrit dans une démarche à long terme. Dès sa conception, il a été pensé comme une trajectoire d’innovation durable, capable d’évoluer avec les contraintes réglementaires, environnementales et opérationnelles du secteur. L’objectif est de créer une solution solide, industrialisable et déployable à grande échelle, en prévoyant l’évolution des normes de la Directive-Cadre sur l’Eau et l’émergence de nouvelles substances réglementées.
La démarche vise à améliorer continuellement le biofiltre grâce aux retours du terrain, aux données réelles et aux avancées scientifiques en bioremédiation. Elle s’inscrit dans une logique de sobriété, d’économie circulaire et d’adaptation au changement climatique et à la raréfaction des ressources. À terme, le projet vise à transformer durablement les pratiques de gestion des effluents du secteur, en faisant de l’innovation low technology un levier pérenne de performance environnementale et industrielle.
Comment garantissez-vous la continuité du projet dans le temps ?
La continuité du projet est garantie par une structuration à la fois scientifique, opérationnelle et industrielle. Sur le plan technique, le biofiltre a été conçu comme un système robuste, simple à exploiter et adaptable, permettant une montée en charge progressive et une amélioration continue à partir des retours terrain. Les données issues du prototype et des sites pilotes alimentent cette démarche d’optimisation dans le temps.
Sur le plan organisationnel, le projet s’appuie sur des partenariats durables et complémentaires entre Norauto, Néo Éco et l’UCEIV, engagés depuis plusieurs années autour d’une vision commune. Cette continuité est renforcée par la sécurisation de la propriété intellectuelle via une demande de brevet et par l’accompagnement d’acteurs publics, qui soutiennent le projet dans ses différentes phases. Enfin, l’inscription du dispositif dans une stratégie de déploiement progressif au sein du réseau garantit sa pérennité et son impact à long terme.