Crise des carburants : les stations-service traditionnelles s’enfoncent dans la fragilité économique
Mobilians appelle à la création urgente d'un fonds d'aide pour préserver le maillage territorial des stations-service. Les résultats du cinquième sondage réalisé par Mobilians auprès des exploitants de stations-service confirment une dégradation préoccupante de la situation économique du réseau traditionnel de distribution de carburants
Parmi les 194 stations interrogées, dont 95 % sont situées en zones rurales et péri-urbaines, plus d'une station sur deux (51 %) enregistre une baisse de ses volumes de vente sur les trois derniers mois par rapport à la même période de 2025. Pour de nombreux exploitants, ces baisses atteignent entre 15 % et 30 %, et peuvent dépasser 40 % dans les situations les plus critiques.
Parallèlement, les tensions financières se multiplient. Près d'un tiers des stations déclarent rencontrer des difficultés directement liées à leur trésorerie :
- 21 % ont déjà renoncé à l'achat d'un ou plusieurs carburants faute de financement suffisant ;
- 8 % se voient désormais imposer un paiement comptant à la livraison par leur fournisseur ;
- 3 % ont subi un refus de financement de la part de leur établissement bancaire.
Ces chiffres témoignent d'une réalité économique de plus en plus difficile pour les exploitants de stations traditionnelles, confrontés simultanément à une baisse de leurs volumes, à des besoins de trésorerie considérablement accrus par la hausse des prix des carburants et à des marges qui demeurent structurellement faibles.
Huit réunions de filière pour suivre une situation qui continue de se dégrader
Depuis le début de la crise au Moyen-Orient, Mobilians a participé aux huit réunions de filière organisées par le ministère de l'Économie afin de suivre l'évolution des prix des carburants et leurs conséquences sur l'ensemble de la chaîne de distribution.
À chacune de ces réunions, la profession a attiré l'attention des pouvoirs publics sur les difficultés rencontrées par les stations-service traditionnelles, particulièrement dans les territoires ruraux et péri-urbains. Mobilians a notamment rappelé que les exploitants ne sont pas à l'origine des hausses de prix observées à la pompe et qu'ils en subissent, au contraire, les conséquences économiques à travers l'augmentation de leurs besoins de trésorerie, les tensions d'approvisionnement et la baisse de leur compétitivité.
La profession a également souligné l'importance de préserver un réseau de proximité qui joue un rôle essentiel dans l'approvisionnement énergétique des territoires et dans la mobilité quotidienne de millions de Français.
Les résultats du présent sondage confirment les préoccupations exprimées depuis plusieurs mois. Ils montrent que les difficultés rencontrées par une partie des exploitants persistent et s'accentuent, appelant une attention particulière afin de préserver durablement l'équilibre économique du réseau de distribution de carburants.
Préserver un maillage indispensable à l'approvisionnement du territoire
Face à cette situation, Mobilians demande la mise en place rapide d'un fonds d'accompagnement destiné aux stations les plus fragiles.
L'objectif n'est pas seulement de répondre à une urgence conjoncturelle. Il s'agit également d'accompagner la transformation économique et énergétique du réseau afin de permettre aux exploitants de développer de nouvelles activités génératrices de revenus.
La diversification constitue aujourd'hui l'un des rares leviers permettant de compenser l'érosion progressive des volumes de carburants et l'insuffisance des marges de distribution. Développement de nouveaux services à la mobilité, déploiement des infrastructures de recharge électrique, activités de proximité ou encore lavage automobile : ces investissements sont indispensables pour assurer la pérennité économique des stations et maintenir un maillage territorial dont dépend directement l'approvisionnement des Français.
Le lavage automobile également fragilisé par des restrictions disproportionnées
Cette demande est d’autant plus urgente que le lavage automobile, diversification historique de nombreuses stations-service, traverse lui aussi une période particulièrement difficile.
Depuis plus de deux ans, l’ensemble de la filière est pleinement mobilisé pour réduire son empreinte hydrique. Sous l’impulsion de Mobilians, un travail considérable a été engagé avec les équipementiers, les exploitants et les pouvoirs publics : amélioration de la sobriété des équipements, développement des systèmes de recyclage de l’eau, travaux de normalisation au sein de l’AFNOR et élaboration d’un contrat stratégique de filière dédié à la gestion durable de la ressource.
Durant cette période, la profession n’a cessé de formuler des propositions concrètes visant à concilier préservation de la ressource en eau, protection de l’environnement et maintien de l’activité économique. Pourtant, malgré ces travaux et ces propositions, aucune évolution significative n’a été engagée. Les restrictions continuent de s’appliquer de manière particulièrement sévère à cette profession, sans qu’aucune alternative ou contre-proposition permettant d’ouvrir un véritable dialogue n’ait été mise sur la table.
Dès les premiers niveaux de tension sur la ressource (alerte et alerte renforcée), les centres de lavage sont soumis à des limitations importantes, allant jusqu’à conduire à une fermeture totale de l’activité en situation de crise sécheresse.
Mobilians regrette une approche qui apparaît contraire aux objectifs poursuivis. En effet, la fermeture des centres professionnels favorise le report des lavages vers le domicile, où la consommation d’eau peut atteindre près de 340 litres par véhicule contre 60 à 180 litres dans un centre professionnel. De plus, contrairement aux installations professionnelles équipées pour collecter et traiter les effluents, le lavage à domicile ne permet pas de récupérer les hydrocarbures, métaux lourds et autres polluants issus du nettoyage des véhicules. Une situation paradoxale qui pénalise une activité pourtant plus sobre en eau et plus vertueuse sur le plan environnemental.
Mobilians appelle donc les pouvoirs publics à prendre rapidement les décisions attendues par la profession, tant sur l'accompagnement économique des stations-service que sur la reconnaissance des efforts engagés par la filière du lavage automobile en matière de sobriété et de recyclage de l'eau.
Préserver le réseau des stations-service, c'est préserver l'approvisionnement énergétique, les services de proximité et l'attractivité de nos territoires.
À propos de MOBILIANS
MOBILIANS est le premier mouvement des chefs d'entreprises du commerce et de la réparation automobile et des services de mobilité : voitures, motos, vélos, véhicules industriels, trottinettes, etc. Notre organisation professionnelle représente près de 145 000 entreprises de proximité et 560 000 emplois non délocalisables partout en France. MOBILIANS défend les intérêts individuels et collectifs des professionnels de la mobilité par la route et les accompagne dans les évolutions de leurs métiers. Il déploie une action prospective de développement durable et de promotion d'une mobilité individuelle ou partagée en lien avec toutes les parties prenantes.
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